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HOMMAGES

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Les hommages...

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Pierre Rostini

Hommages à Pierre Rostini (1920 - 2010)



CONTRIBUTIONS



Jacques MARCHAND, Président Honoraire de l’Union des Journalistes de Sport en France


Pierre Rostini : un humaniste à la bonne franquette


Pierre Rostini, l’homme qui connaissait tout le monde et que tout le monde connaissait, m’a fait découvrir une autre facette du sport universitaire. Je fréquentais par mon métier les sportifs universitaires, il m’a amené à fréquenter et à apprécier les universitaires sportifs de l’UNCU, les vrais, ceux qui pratiquent et ceux qui construisent, pas ceux qui pérorent. Pierre Rostini n’a pas, à mes yeux, été qu’un dirigeant sympathique et digne de notre estime. Il a vécu, il a marqué, il a influencé, dans l’après guerre, une époque de construction et d’émancipation du sport français.


Il était un homme d’union et de réunion.


Souvent autour d’une bonne table, situation qu’il ne dédaignait pas et, à l’occasion parfois renouvelée, qu’il savourait en gourmet.


Il disposait d’un puissant réseau de relations qui se croisaient et s’épaulaient. Il était pour beaucoup d’entre nous, l’ami providentiel qui suggérait ou trouvait la solution qui allait vous dépanner. Il n’était pas un dirigeant comme les autres. Incomparable dans son genre. Il créait, il conseillait, il suggérait, toujours disposé à rendre service à une cause ou à une personne. Il n’affichait pas son humanisme naturel et permanent, il le distribuait à la bonne franquette, souligné par son sourire malicieux.


Il était venu à Paris pour mener à bien son oeuvre, diriger ses affaires et remplir ses fonctions, mais son coeur battait toujours dans sa Corse natale, où il se réfugiait, de son vivant, pour se reposer et se remettre, aujourd’hui, il y retourne et y repose pour l’éternité. Il va nous manquer, car Il emporte avec lui, tout un pan de l’histoire sportive française et francophone du XXème siècle.





Michel LENGUIN, Vice-Président de l’UNCU


Discret, presque timide, il entre dans la salle où bruissent les conversations. De petite taille, silencieux, nul besoin de héraut ou d’aboyeur pour que sa présence s’impose. Chacun prononce son nom, son prénom, avec le secret espoir que son choix le mènera vers nous.


Une main glissée dans la poche de son ample veston, il tourne et retourne son stylo dans ses longs doigts agiles, tout comme par ailleurs il le fera, officiant les réunions qu’il anime : nulle serviette, nul dossier, une page blanche orpheline et ce fameux stylo sont ses seuls bagages. Mieux qu’un hochet, il semble en user comme un diapason qui donnera le ton des échanges qu’il saura maîtriser.


Personnage pittoresque… délicieusement pittoresque… Un léger sourire flotte sur son visage, un sourire quasi permanent, parfois énigmatique que lui confèrent des pommettes hautes bien dessinées.


Silencieuse, sa voix, toute en inflexions avec cette retenue dans le masque qui lui prête parfois des accents de supplique insistante, déstabilisante pour son interlocuteur.


Tête rentrée dans ses épaules, il n’est pas homme à se hausser du col. Il émanait de lui le paradoxe d’un personnage tout en rondeur, sans aspérités, animé d’une pugnacité, d’une détermination au service de convictions fortes.


Il disait la bonne parole, peut-être pourrions-nous dire qu’il édictait ses mots en référence à sa passion d’éditeur. Il les édictait, les étirait avec lenteur comme pour en essorer totalement le sens. « Tu comprends », concluait-il alors de sa voix inimitable…


Panurge ne faisait pas partie de ses héros.


Il se méfiait de la foule et portait quelques réticences envers les grands rassemblements coupables de contagions malignes.


Homme de cénacle, il réunissait ses disciples, discutait des idées et les mettait en mouvement.

Tout, dans sa vie, participait d’un même état d’esprit, d’un même hédonisme délicat.


Il savourait les grands et les petits bonheurs et voulait les faire partager. Anecdote : il nous vantait les charmes des déplacements parisiens en autobus, de leurs itinéraires, ménageant les rencontres architecturales, historiques, humaines, réveillant des souvenirs pour mieux les apprivoiser.


Il refusait les déplacements aveugles et rectilignes du métro. Il ne se laissait rien imposer, et sa vie était choisie.

Il faisait bon le rencontrer, le côtoyer, passer du temps avec lui, il nous rassurait, nous régénérait, nous l’aimions.


Parlant des clubs universitaires, il répétait : « nous sommes immortels ». Il nous a convaincus dans la mesure où, comme lui, nous ne baisserions pas la garde et tout en conservant notre joie de vivre communicative !





Jean-Paul SCHNEIDER, ancien Vice-Président de l’UNCU


« Tu es Pierre, et sur cette pierre … »


Dans une bâtisse sans âme, une petite pièce sans caractère, encombrée de trophées sportifs, de toutes tailles et de tous styles : en son centre trône une immense table en bois nu, aux cicatrices encrassées. Installés autour, sur des chaises dépareillées, quinze ou vingt personnages sont en train de discourir, de se couper la parole les uns aux autres, d’étaler avec passion leurs désaccords ou leur ego…


Seul dans ce tumulte, un homme, silencieux, écoute. Ses yeux noirs pétillent, sur ses lèvres s’ébauche l’esquisse d’un sourire. Tranquille, il laisse la véhémence s’épuiser. Et tout à coup, le voilà qui prend la parole. En quelques mots simples, dits d’une voix douce, il indique la direction à suivre pour sortir du fouillis inextricable des antagonismes, des contradictions, des impasses. Et tous se taisent, soudain réconciliés, prêts à aller, ensemble, de l’avant.


Telle fut l’image que Pierre Rostini, présidant l’UNCU, m’offrit la première fois que je le rencontrai, il y a quelque trente ans, à l’ancien siège du PUC. Telle est celle de l’homme indulgent mais sans faiblesse, efficace mais sans brutalité, rassembleur mais sans impatience, que nous sommes sans doute nombreux à garder gravée dans notre mémoire.


Puisse à notre action durablement servir de guide l’exemple de sa générosité souriante, de son persévérant engagement en faveur d’une vie qui soit pour tous une fête du corps et de l’esprit, dans le respect serein de nos différences.





Ernest GIBERT, Président de l’UNCU


Pierre ROSTINI : l’homme des convictions et de peu de mots.


Les Clubs Universitaires sont éternels, Pierre avait coutume de le dire. Malgré notre peine, qui rejoint celle de sa famille, nous savons que celui qui les a réunis et qui a inspiré pendant plus d’un demi-siècle leur action ne nous a pas quittés vraiment. Par sa vie et par son exemple, il continuera à nous aider à trouver le chemin. Il est peu d’hommes dont le terme de la vie ne tire pas un trait sur leur existence. Pierre Rostini aura été de ceux dont la trace se prolonge au-delà de leur action. Tout simplement par ce que Pierre représentait pour nous, sans que nous ayons ressenti le besoin de le lui dire en raison de l’affection respectueuse que nous lui portions, ce qui fait à la fois la dignité et l’espoir de la condition humaine.


Pierre n’assenait jamais de vérité et n’imposait jamais rien. Il suggérait à peine, mais avait le don de vous amener à vous engager dans ce qui paraissait être la bonne orientation. Lorsqu’on lui demandait conseil, il répondait de sa voix douce et inimitable « fais ce que tu veux ». Ce n’était ni une marque de désintérêt ni une forme de manipulation, mais une manière d’exprimer sa confiance et de vous amener à réfléchir à ce qu’il convenait de faire. Il suffisait, alors, de se demander ce qu’il aurait fait, lui.


Pierre ne se mettait jamais en avant mais il était toujours là quand on avait besoin de lui. Sans jamais évoquer ce qu’avait été son histoire, il savait vous faire bénéficier de son expérience et vous aider du concours de ses multiples amitiés. Elles disaient à sa place et permettaient de comprendre quelle avait été son action dans la Résistance, son rôle déterminant sans la renaissance – ou plutôt, la véritable naissance – du mouvement étudiant, l’estime dont il bénéficiait dans les milieux du journalisme et de l’édition, sa position influente dans le champ de la francophonie, sans avoir pour autant épuisé ses espaces d’influence et ses centres d’intérêt. Dans le monde du sport, souvent artificiel, arriviste ou cruel, il occupait une position de sage et était unanimement respecté. Sans doute parce que Pierre pensait que les valeurs qui les animent sont plus importantes que les hommes qui les portent.


Assurément humaniste, à toutes les richesses du sens que peut prendre ce mot, Pierre était pour nous un exemple même s’il n’aurait pas aimé que nous le lui disions. Tous, chacun pour sa part et à sa manière, savons ce que nous lui devons. Notre responsabilité est de savoir le transmettre à notre tour. Sans doute peut-il nous y aider encore, puisque nous savons bien que, dans nos réunions ou dans nos échanges, sa présence et son sourire allaient bien au-delà de ses mots.





Michel SAMPER, Président du PUC


Pierre ROSTINI et le PUC


Quel redoutable exercice que d’avoir à parler de Pierre Rostini : un nom connu certes, mais tellement mystérieux…

Pierre Rostini, beaucoup le connaissent de réputation, mais peu savent qui il est.


Au Paris Université Club on le voyait peu, mais il était toujours là quand il le fallait… quand il fallait aider un puciste … quand il fallait sauver le club.


C’est vrai que Pierre n’aimait pas les honneurs. Au PUC comme ailleurs il acceptait par force les titres honorifiques qu’on lui imposait car c’était toujours la personne idoine, la plus efficace pour servir avec succès les institutions. Peut-être avait-il trouvé en leur sein le terrain idéal pour exprimer sa nature généreuse, au service d’une cause profondément humaine ?


Pourquoi et comment s’est-il passionné pour le combat des étudiants sportifs et leurs organisations ? Comment est-il arrivé au PUC ? Par hasard ou volontairement ? Nul ne le sait exactement…


Je sais seulement que, débarqué de son Ile natale, il découvre le milieu étudiant/sportif à l’Université d’Aix en Provence et qu’il prend une part active dans la résistance nationale, tant et si bien qu’il entre, à la fin de la guerre, dans la gouvernance de l’UNEF, pour en prendre très rapidement la tête.


Grâce à sa connaissance (et à sa passion) du Sport Universitaire, et à la rencontre de deux grands spécialistes pucistes, Jean Petitjean et Jacques Flouret, il a l’opportunité de s’investir pour la première fois dans le développement et l’organisation du sport universitaire international qui cherchait sa voie, tiraillé par des forces politiques antagonistes issues de la guerre et de la guerre froide.


Pierre en sera le réconciliateur et le « relanceur ». En prenant la présidence du Congrès Mondial des Etudiants à Prague en 1946 il participe à la création de l’Union Internationale des Etudiants (U.I.E), puis, dans la foulée, il propose - associé à l’U.N.E.F et à l’0.S.S.U - la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux Universitaire en 1947. Pierre, en tant que Commissaire Général, sera un artisan du succès mondial de ces jeux qui redonnent de l’espoir à la jeunesse étudiante et sportive du monde entier.


Mais, hélas, le mouvement mondial se divise à nouveau en 1949, la F.IS.U d’un côté et l’U.I.E de l’autre reprenant leurs organisations séparées.


Le P.U.C et l’U.N.E.F, qui fêtent simultanément leur 50ème anniversaire, l’O.S.S.U et Pierre Rostini bien entendu, repartent au combat, et, après plusieurs années d’âpres négociations proposent et obtiennent l’organisation des Jeux de la réconciliation. Ils se feront à Paris, en 1957, dans un stade Charléty flambant neuf. Merci Pierre ! Le P.U.C - particulièrement attaché à la tradition des Jeux Universitaires Mondiaux créés par Jean Petitjean en 1923 - et Pierre Rostini, encore ! sont très fortement impliqués dans leur organisation et dans leur succès... Les Jeux de Paris marquent la transition entre un passé dominé par la dualité de 2 fédérations internationales, et un avenir riche de promesses. Deux ans plus tard, en effet, toutes les fédérations internationales du Sport Universitaire se rassemblent autour de la F.I.S.U, pour participer aux 1ières Universiades organisées à Turin (1959). Depuis, l’unité retrouvée, vous connaissez la suite heureuse de l’histoire des Universiades…


L’organisation du Sport Universitaire Mondial stabilisée, c’est la problématique de l’organisation nationale du sport scolaire et universitaire français qui va donner, encore une fois à Pierre, l’occasion de démontrer, avec toujours autant de discrétion son efficacité. Il défend, bien entendu, les nombreux dirigeants pucistes fortement impliqués dans le combat politique qui va finalement déboucher sur la création de l’A.S.S.U, organisme destiné à rapprocher le sport scolaire et le sport universitaire. Il n’est certainement pas étranger à la nomination du Président du PUC au poste de secrétaire Général. Allez donc savoir !!!


Parallèlement il crée l’Union des Clubs Universitaire qui deviendra plus tard l’U.N.C.U à l’heure où les clubs universitaires français – le P.U.C, le B.EC, le S.M.U.C, l’A.S.U.L et d’autres - brillent encore au plus haut niveau du sport national.


On s’est souvent posé la question de savoir pourquoi il s’était engagé avec autant de passion et de pugnacité dans ce combat en faveur de la reconnaissance du sport étudiant. Il avait, en fait, une profonde conviction dans la capacité des étudiants à moderniser le monde, et dans celle du sport comme un formidable moyen d’éducation des hommes. Mais, il était aussi convaincu que ses idées ne pourraient triompher sans le rassemblement des forces étudiantes sportives, notamment au travers de clubs universitaires forts. Pierre était un homme de dialogue, un réconciliateur né, doublé d’un militant, fervent promoteur des clubs universitaires.


Le P.U.C a profité des ses combats et de ses succès, associé qu’il était à toutes ses campagnes. Ambassadeur international du club, il a contribué à le faire connaître, à faire apprécier son esprit, à faire mesurer ses résultats. Au P.U.C c’était aussi un homme discret, même s’il a accepté en son temps – de 1956 à 1982 – la vice-présidence du club et la présidence de la commission du Sport Universitaire, et finalement sa nomination éternelle à la présidence d’honneur… Il n’assistait pas souvent aux réunions officielles mais il était toujours disponible quand il fallait régler un problème compliqué. Il savait faire ouvrir la porte de celui qui serait notre sauveur. Combien de fois les présidents Gallien, Krotoff et moi-même, encore récemment, avons eu recours à ses conseils stratégiques et à son aide…heureux de le rencontrer dans son indescriptible bureau ou mieux encore autour d’une table de bistrot qui lui était jalousement réservée…


Même plus âgé il nous a encore étonnés par la justesse de son jugement, la perspicacité de ses manœuvres, la générosité et la passion dans l’action qui se traduisaient toujours par une efficacité reconnue.


Cette efficacité qu’il doit d’abord à ses qualités personnelles, il l’obtient aussi par la mobilisation de tous ceux qui composent son réseau, car Pierre n’a pas d’ennemis, ou si peu, il n’a que des amis prêts à le servir.

Vous, vous avez perdu un ami, le P.U.C a perdu un compagnon, le P.U.C a perdu son guide, le P.U.C a perdu son arbre…


Mais, Pierre, sois rassuré, d’en haut n’interviens pas encore, car le PUC n’est toujours pas mort !





Xavier TERNISIEN,


Article paru dans l'édition du 20.04.10 du journal LE MONDE


Président de l'Association des anciens de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) et pilier de la reconstitution du syndicalisme étudiant après la seconde guerre mondiale, Pierre Rostini est mort, le 8 avril, à Paris, à l'âge de 90 ans.


Né le 2 mars 1920 à Paris, il s'inscrit, après des études secondaires à Ajaccio, à la faculté des lettres d'Aix-en-Provence en 1940, finançant ses études en étant maître d'internat. En 1943, il devient président de l'Association générale des étudiants d'Aix-en-Provence, puis commissaire aux comptes de l'UNEF. Il s'engage dans la Résistance, insérant notamment des tracts dans les livres de la bibliothèque universitaire.


Au congrès extraordinaire de l'UNEF, en novembre 1944, Pierre Rostini est nommé président de la commission d'épuration ; il devient vice-président du syndicat étudiant. A la même époque, il est secrétaire général de l'Union patriotique des organisations étudiantes (UPOE), qui regroupe l'UNEF et les organisations politiques et confessionnelles issues de la Résistance.


Ses activités prennent alors une dimension internationale : il représente l'UNEF au congrès mondial de la jeunesse à Londres, en 1945, et prend la tête de la délégation française au rassemblement international des étudiants qui se tient à Prague le 17 novembre 1945. A cette occasion, il préside le 'comité préparatoire international' au congrès mondial qui, dans la même ville, le 17 novembre 1946, fonda l'Union internationale des étudiants (UIE). Comme le dit le juriste Paul Bouchet, qui fut rédacteur de la charte de Grenoble, qui refonda le syndicalisme étudiant d'après guerre, c'est él'homme de la transition et de la reconstructioné.


Pierre Rostini a aussi organisé pour l'UNEF et l'UIE les jeux universitaires de Paris en 1947. Il a présidé l'Union nationale des clubs universitaires et le Paris Université Club. Il est l'un des fondateurs du Comité olympique Pierre de Coubertin. Il s'est impliqué dans la francophonie, développant des relations, notamment comme éditeur, avec plusieurs pays africains.


PASSEUR ENTRE GÉNÉRATIONS


Travaillant en tant que journaliste à partir de 1950, Pierre Rostini a dirigé la revue Esope, le journal Kouakou et L'Echo de l'Afrique à partir de 1986. Il travailla un temps avec Boris Souvarine et l'Institut d'histoire sociale, développant des liens avec de nombreux syndicalistes, notamment ceux de Force ouvrière. éSans être un homme de l'ombre, il était d'une grande discrétion et, sans mettre en avant ses nombreux titres et décorations, ses grandes connaissances dans plusieurs réseaux lui permettaient de se faire le passeur entre générations, entre mondes différents', témoigne Robi Morder, président du Groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants (Germe).


2 mars 1920 : Naissance à Paris.


1943 : Premières responsabilités au sein de l'UNEF. Prend part à la Résistance.


Fin des années 1940 : Nombreuses activités syndicales étudiantes nationales et internationales.


1950 : Commence une carrière de journaliste.


8 avril 2010 : Mort à Paris.